Ali Benhadj, les islamistes et moi
Un courrier important me parvient ces derniers jours pour m'interroger sur la place qu'occupe Ali Benhadj dans le magazine Racines d'Outre-Med' et sur mes positions vis à vis des islamistes. (lire)
N’ayant de compte à rendre à personne et n’étant redevable à personne, il est, néanmoins, de mon devoir de m’expliquer à un lectorat dont la fidélité remonte à plusieurs années. Des lecteurs qui, comme le soulignent-ils, ont toujours apprécié ma position qui renvoie dos à dos islamistes et généraux responsables du drame algérien.
Tout d’abord, il faut savoir faire la distinction entre le site « agir pour l’Algérie » et celui de « Racines d’Outre-Med’ ». Le premier est un site personnel où je donne libre cours à ma subjectivité, et je suis libre de le faire tant que je ne me couvre pas de la burqa de la lâcheté de l’anonymat. Je suis le premier journaliste algérien à ouvrir un site web personnel. Cela remonte à avril 2002.
Une presse citoyenne pas partisane
Le second, « racines d’Outre-Med’ » est le site du premier magazine algérien de la presse citoyenne. Il était, dans un premier temps, un support de promotion pour l’édition papier. Avec la disparition de cette dernière, faute de moyens financiers, j’ai poursuivi l’aventure avec l’édition électronique qui ne me coûte que le temps à passer devant mon PC pour écrire ou pour mettre les textes en ligne.
Il est important de rappeler que Racines d’Outre-Med’ n’est pas un magazine partisan. Et c’est en s’ouvrant à toutes les tendances qu’il fait preuve d’esprit démocratique. Par conséquent, tout comme son fondateur, il est foncièrement démocrate et ne sera jamais islamiste.
Si les deux sites ont acquis une certaine popularité dont je suis très fier, cela n’est pas le fruit du hasard. Ils le doivent, avant tout, à la qualité de l’information et à son objectivité.
C’est cette objectivité qui m’oblige de me départir de mon subjectivisme. Etant un journaliste libre et partisan de la liberté d’expression, je ne saurai pratiquer la censure ou l’autocensure.
Si je dois suivre certains de mes lecteurs qui me reprochent de publier les communiqués du cheikh Ali Benhadj et d’informer l’opinion publique sur les arrestations dont il ne cesse de faire l’objet, je risque de verser dans ce que j’abhorre le plus : la censure.
Ali Benhadj a le mérite d'avoir rejeté toutes offres corruptrices
Dois-je ignorer les communiqués destinés à Racines d’Outre-Med’, le premier magazine citoyen qui s’est déclaré depuis sa création en février 2004, ouvert à toutes les tendances et toutes les opinions sans exclusive aucune ? Dois-je pratiquer la censure et l’autocensure, alors que j’ai payé le prix fort (quatre condamnations à la prison, fermeture de trois journaux en Algérie et un exil qui dure depuis douze longues années) ? Dois-je ignorer la persécution d’un homme, qui fait preuve de courage en bravant les interdits, pour cause de divergence politique ?
Quand de toute la classe politique algérienne, Ali Benhadj est le seul à se prononcer sur la révision de la constitution ou sur le décès d'un membre du cabinet noir ou sur l'agression israélienne contre Ghaza, dois-je l'ignorer et encourager ceux qui se sont murés dans le silence à persévérer dans le silence alors que l'actualité les interpelle?
Force est de constater que le pouvoir, en Algérie, fait cavalier seul sur la scène politique. Il n'a en face de lui aucune opposition. Et quand Ali Benhadj réagit à l'actualité et prend des positions sur certains sujets, doit-on l'étouffer pour laisser les mains libres à un pouvoir qui a tout ligoté, muselé, réprimé et corrompu? Non, je ne tomberai pas dans ce jeu et je ne jouerai jamais aux censeurs.
Qu’on soit avec lui ou contre lui, on doit reconnaître que Ali Benhadj n’a pas succombé aux tentations de la corruption. Si c’était le cas il serait aujourd’hui à la place de Abou Djerra Soltani, ministre d’état. Et personne n’aurait trouvé à redire. Khalida Messaoudi (Toumi, aujurd’hui) ne disait-elle pas qu’elle n’accepterait jamais de siéger dans un parlement avec des islamistes. Cela fait presque plus de dix ans qu’elle fricote avec les plus corrompus d’entre eux au gouvernement.
Des corrompus il y en a eu même dans les troupes de Ali Benhadj. A-t-on entendu une seule voix de ses anciens compagnons du FIS s’élever pour dénoncer l’arbitraire dont il est victime ? Même ceux qui sont installés à l’étranger lui ont tourné le dos pour ne pas être dérangés dans leur confort parisien, londonien ou genevois.
Si je prends l’initiative d’écrire et d’alerter les ONG de défense des droits de l’homme c’est parce que j’assimile le silence à la complicité. Celui qui se tait consent. Je ne saurai me taire sur le ballet quotidien des arrestations d’un homme qui fait preuve de courage en bravant la machine répressive du régime.
J’aurai bien aimé voir un militant démocrate à la place de Ali Benhadj mettre à nu la faiblesse d’un pouvoir qui ne sait quoi faire d’un homme qui n’a que son courage à lui opposer.
Tant que je continue à faire mienne cette maxime de Willy Brandt " Celui qui laisse se prolonger une injustice ouvre la voie à la suivante", je continuerais à dénoncer la persécution dont est victime Ali Benhadj et tous les Algériens dont les droits sont violés au quotidien.
Pourquoi ignorer Belkhadem et Soltani ?
Comme j’ai souffert du silence complice quand j’ai été gardé à vue, condamné et exilé, je ne saurai pratiquer ce que j’ai toujours abhorré : le silence des lâches. Je ne me vois pas me prononcer sur tous les sujets d’actualité mais dès que j’arrive à celui de l’interpellation de Ali Benhadj, je fais le sourd-muet parce qu’il est islamiste. Et les islamistes qui sont au pouvoir pourquoi ne fait-on rien pour les déloger ? Et ce Belkhadem qui s’affiche en tenue soudanaise en tant que premier ministre pourquoi ne le dénonce-t-on pas pour atteinte à l’image de l’Algérie ? Pourquoi ignorer ceux qui représentent un danger mortel pour l’Algérie et ne focaliser que sur un homme qui ne détient aucun pouvoir ?
Pour celui qui veut combattre l’Islamisme, je ne pense pas que Ali Benhadj soit la bonne cible. Omar Ghoul, Bouguerra Soltani (qui orientalise son nom en Abou Jerra) et tous les ministres et députés des partis islamistes inféodés à un pouvoir sans foi ni loi, qu’il faudrait combattre. Le FIS c’est du passé et Ali Benhadj est lâché par les siens qui font du bizness sur son dos.
Je défends même mes calomniateurs quand ils sont agressés
C’est une question de principes
D’autres lecteurs me reprochent d’avoir défendu Mourad Dehina contre les quotidiens Liberté et Echourouq, alors que ce même Mourad Dehina a fait du forum de Rachad une tribune où les attaques contre ma personne représentent l’essentiel des intervenants et pas un seul homme du régime n’a récolté autant d’insultes et de calomnies comme cela a été déversé sur mon compte.
Ce premier constat, fait par un lecteur, suffit à lui seul pour prouver qu’en défendant Mourad Dehina quand des journalistes mercenaires l’avaient attaqué dans un article de presse, mes positions ne reposent pas sur des considérations partisanes. Les attaques dont je fais l’objet sur le forum qu’il anime ne datent pas d’aujourd’hui et n’ont aucun effet sur moi tant qu’elles émanent d’un groupuscule dont le nombre se compte sur les doigts d’une seule main. Ce ne sont pas des énergumènes qui s’agitent dans un espace virtuel qui me détourneraient de mes principes. Car, en prenant la défense de Mourad Dehina, au moment où ses propres compagnons ont brillé par leur silence, je n’ai fait qu’exprimer une position de principe. Libre à lui d’encourager mes calomniateurs qui se recrutent parmi les lâches qui agissent sous la burqa de l’anonymat.
D’ailleurs, même lorsque je l’ai rencontré, pour la première fois, il y a à peine quelques semaines, je n’ai pas évoqué ce sujet avec lui tant je ne lui accorde aucune importance. Car, le meilleur des anonymes qui s’agitent dans son forum n’a pas écrit le un millième de ce que j’ai écrit et réalisé. Il n’y a aucune raison de s’abaisser pour répondre à une poignée de fripouilles qui n’a pas le courage de m’affronter. Y en aurait-il un seul parmi eux qui a été interpellé ne serait-ce qu’une fois dans sa vie pour avoir dénoncé le pouvoir ? Je ne le pense pas. Leur anonymat est la meilleure preuve de leur lâcheté.
Et comme l’a remarqué un lecteur qui m’en veut de ne pas répondre à ces anonymes, dans ce forum, il y a de quoi s’interroger sur la défense acharnée d’un ancien tortionnaire, le colonel Samraoui pou ne pas le citer, en le considérant comme une icône de l’opposition silencieuse.
Mourad Dehina, Anwar Haddam
et le Collectif Contre l’Impunité
Quant à permettre à Mourad Dehina et Anwar Haddam de cosigner un texte dont je suis l’initiateur, j’ai lancé une invitation générale à travers le web pour trouver les voies et les moyens qui puissent nous permettre de saisir les instances internationales pour que les responsables des crimes contre l’humanité en Algérie soient traduits un jour devant la justice des hommes avant de répondre de leurs actes devant la justice divine. Quand on lance une invitation générale sur un sujet d’intérêt général, il n’est nullement permis d’être sélectif. Et de quel droit vais-je exclure des hommes qui nous éclairent par leurs idées et par leur expérience même si l’on n’est pas du même bord politique ? Les idées que développent ces hommes vont dans le sens d’une action souhaitée par tous les Algériens sincères.
Anwar Haddam a revendiqué l’attentat du boulevard Amirouche ? Je le sais. Pour l’anecdote, ce jour là, je devais être sur les lieux en me rendant chez l’électricien situé en face du commissariat central. J’aurai pu être compté parmi les victimes. Et le destin a voulu que celui qui aurait pu être une victime de cet attentat cosigne un texte avec celui qui l’a revendiqué. Un paradoxe typiquement algérien me diriez-vous. Mais, je ne saurai ignorer la contribution d’Anwar Haddam au projet que j’ai initié pour la création d’un Collectif Contre l’Impunité des Crimes Contre l’Humanité.
Ce qui est, par contre désolant, c’est le silence observé par les démocrates sur ce sujet. Sont-ils pour ou contre la traduction devant la justice des responsables des 500 morts d’octobre 1988 ? Sont-ils pour ou contre le jugement des assassins des 154 morts aux évènements de Kabylie en 2001 ? Sont-ils pour ou contre le jugement des responsables des disparitions forcées de 7500 citoyens ? En un mot comme en mille, les forces démocratiques de l’opposition sont-elles pour que soient jugés tous ceux qui sont responsables des crimes contre l’humanité en Algérie ?
Quand on applaudit la condamnation de Ali Benhadj à 12 années de prison ne doit-on pas par la même occasion œuvrer à ce que les responsables dans l’autre camp payent à leur tour le prix de leurs actes ? Une question à laquelle on doit mûrement réfléchir pour ne pas faire le jeu des opportunistes. Ces derniers on les trouve dans les rangs des démocrates comme on les compte nombreux chez les islamistes. Allez faire un tour sur les sites islamistes et vous constaterez aisément le lâchage de Ali Benhadj par ceux là même qui scandaient derrière lui « alayha nahia wa alayha namout ».
Tout en remerciant les nombreux lecteurs qui m’ont écrit en m’interpellant sur ce sujet, je les rassure que je ne crois pas à l’islamisme comme idéologie, mais je crois en l’Islam comme religion porteuse de valeurs que toute personne sincère doit faire mesurer quotidiennement par des actes envers soi-même et envers les autres. LA FOI SE MESURE A L’ACTION QUOTIDIENNE ET NON PAS PAR LE VERBIAGE ET L’AGITATION STERILE.
Hichem ABOUD
Le 13 janvier 2009 |