Les mots sont amers,
Comme une épée,
Ils blessent là où ils passent.
La flatterie, elle, facile et reposante
Abuse mais empoisonne.
Un mot, c'est une dette qui n'engage
Que celui qui est libre
Ahmed Fouad Negm
 
  Agissons pour l'instauration de la démocratie en Algérie Agissons pour l'instauration de la démocratie en Algérie  

 

 

Ce livre est le cauchemar de ceux qui ont abusé de l'Algérie et de son peuple

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
 

 

 

 

 

 

Entretien accordé au quotidien algérien "Akher Saa"

 

Le peuple ne croit plus aux élections

 

1-Vous vous reposez sur l’appartenance de certains généraux à l’armée francaise pour justifier leurs appartenance à un clan mafieux, comment vous expliquez-vous cela ?

 

Je n’ai jamais expliqué l’existence du clan maffieux qui gouverne l’Algérie par l’appartenance de ses hommes à l’armée française durant la guerre de libération nationale. Si c’était le cas, les généraux Smaïn Lamari et Mohamed Mediène dit Tewfik ne pourraient être inclus dans ce clan. Seulement, j’ai fait un constat, et je ne suis pas le seul à le faire, c’est que la majorité des décideurs qui constituent ce clan maffieux sont des anciens sous-officiers de l’armée coloniale. C’est indéniable et eux mêmes le reconnaissent.

 

Cette appartenance à l’armée coloniale a été l’un des facteurs essentiels de la solidarité qui lie les membres du clan. D’autres facteurs interviennent, entre autres, la communauté des intérêts.

 

J’ai bien précisé dans mon livre qu’on ne peut soupçonner tous ceux qui ont déserté l’armée française pour rallier l’Armée de Libération Nationale d’être de faux déserteurs ou des hommes qui ont été envoyés pour infiltrer les rangs de la révolution. Pour illustrer mes propos, j’ai cité le commandant Bensalem et le général Belhouchet qui était à l’époque caporal. Je ne me suis même pas permis de douter de la bonne foi des militaires français qui ont rejoint l’ALN et j’ai cité l’aspirant Maillot. Donc, il est inutile de faire l’amalgame.

 

Ce sont ceux qui ont bénéficié de la promotion Lacoste et qui ont commencé à rallier les rangs de l’ALN entre 1958 et 1962 en rejoignant les bases du FLN en Tunisie et au Maroc qui sont soupçonnés d’avoir infiltrer l’ALN pour le compte des français. Le général Khaled Nezzar reconnaît dans ses mémoires avoir bénéficié de la promotion Lacoste puisque d’une école de formation de sous officiers il sort avec le grade d’aspirant en 1957. En moins d’une année il passe sous-lieutenant à quelques semaines de sa supposée désertion.

 

La désertion de certains officiers de l’armée française qui sont aujourd’hui à la tête du pouvoir réel, tenu par le cabinet noir, est plus que douteuse. La réunion de Garn El Halfaya en mai 1958 témoigne des intentions de ces gens lorsque Abdelmalek Guenaïzia et Larbi Belkheir, alors qu’ils n’avaient pas tiré une seule balle, demandait quelle serait leur rôle dans l’armée une fois l’indépendance acquise. Certains officiers de l’ALN qui ont participé à cette réunion sont encore en vie et peuvent en témoigner.

 

Dois-je préciser que ce clan maffieux n’est pas né durant la guerre de libération et il n’est pas le produit des services secrets français. Ce sont les circonstances qui ont fait que ces hommes se sont trouvés liés par le même destin. Le général De Gaule sentant l’indépendance algérienne inéluctable cherchait à se débarrasser des 20.000 soldats algériens que comptait son armée. Tout en se débarrassant d’eux il pouvait espérer voir certains d’entre eux au sein du commandement militaire algérien. Ce qui ne peut que servir les intérêts français une fois l’Algérie indépendante. C’est ce qui explique ces fulgurantes promotions dont ont bénéficié ces militaires.

 

Le ralliement des algériens de l’armée française s’est poursuivi même après l’indépendance. Je cite à titre d’exemple le colonel Djebaïli qui a rejoint l’ANP en 1968. Soit cinq ans après l’indépendance. Sachez que sur 20.000 algériens qui étaient dans l’armée française, il n’y avait pas parmi eux un seul homme de troupe (djoundi) ou un seul sergent ou un adjudant. Ils étaient tous des officiers. Et dire que pour être officier dans l’armée française, il faut être bachelier. Ce qui n’était pas le cas de ces algériens.

 

Comment expliquez-vous la purge qui a touché les généraux et des colonels issus de l’ALN dès la fin des années quatre-vingts? Des officiers aux compétences confirmées et certains d’entre eux sont des universitaires. Même des colonels de la nouvelle génération ont été mis à la retraite alors qu’ils sont porteurs de diplômes universitaires. Ils ont laissé place à des généraux analphabètes ou dont le niveau d’instruction est primaire.

 

2-Vous écrivez dans la mafia des généraux que « il m’est interdit de rentrer dans mon pays » peut on savoir qui vous l’interdit et pourquoi ?

Qui voulez-vous qui soit en dehors de ces maffieux qui m’interdisent l’entrée dans mon pays? N’est-ce pas une interdiction d’entrée dans mon pays quand on refuse de me délivrer un passeport, car je refuse de voyager avec un document étranger en tant que réfugié politique, alors que mon père a milité pour l’indépendance de l’Algérie depuis les années quarante et a écopé de six mois de prison pour sa participation aux manifestations du 8 mai 1945. Ma famille compte en son sein des martyrs et des moudjahidine et je vais me permettre de voyager avec un document étranger?

 

Comment voulez-vous qu’ils me permettent de rentrer dans mon pays alors qu’ils interdisent de vente mon livre. Si je rentre en Algérie c’est pour poursuivre la lutte contre cette mafia et non pas pour me croiser les bras et les voir faire. Sachez qu’avant de m’exiler je me suis vu condamner à trois peines de prison pour délit de presse, tous les journaux que j’ai crées ont été suspendus ou saisis et je fus poursuivi pour atteinte aux intérêts supérieurs du pays, trouble à l’ordre public et à la sécurité publique. Des accusations non fondées, puisque le dossier était archi vide comme l’a constaté le juge d’instruction du tribunal d’Alger à qui des instructions lui ont été données pour me placer sous mandat de dépôt. J’ai saisi le président de la république Abdelaziz Bouteflika pour qu’on me délivre un passeport et rentrer en Algérie faire face à ces généraux maffieux devant les tribunaux algériens. Il n’a donné aucune suite à ma demande. Je profite de l’occasion pour renouveler mon appel à ces maffieux détenteurs du pouvoir réel pour qu’il me donnent un passeport et je rentre les défier devant les tribunaux algériens. J’ai confiance en la justice algérienne car elle compte en son sein des femmes et des hommes intègres. Les preuves de mes accusations contre ces maffieux sont vécues au quotidien par le peuple algérien.

 

3-La médaille du mérite militaire ne s’attribue qu’après 30ans de service , comment vous l’avez obtenu après 17ans de service ?

Qui vous a dit ça? Où avez-vous été chercher cette information? La médaille militaire est décernée au bout de 15 ans de service avec un chevron. Et après 25 ans avec deux chevrons. Il n’y a pas de médaille à trente ans. Après vingt cinq ans on peut prendre sa retraite. Vous êtes mal informé sur les statuts de l’armée. Celle qui est en ma possession, je ne l’ai pas volée. Même lorsque j’ai refusé d’aller la chercher, puisque à l’époque j’avais demandé ma radiation et j’ai refusé toute affectation, on me l’a ramenée chez moi. C’est l’adjudant Mouma qui me l’a ramené. Allez lui demander confirmation. En quoi seriez-vous dérangé par une médaille qui me revient de droit pour me poser cette question alors qu’on peut débattre de sujets plus intéressants. Vous auriez pu m’interroger sur l’assassinat de Boudiaf ou la désignation de Bouteflika à la présidence de la république ou les conditions dans lesquelles s’est fait chasser Chadli du pouvoir, puisque j’en parle dans mon livre.

 

4- A 46 ans vous êtes toujours capitaine, selon vous pourquoi vous n’avez pas été promu ?

Vous oubliez que j’ai quitté l’armée depuis 12 ans? Comment voulez-vous que je sois promu à 46 ans? J’ai cessé toute activité en octobre 1990 en présentant ma première demande de radiation. Le mercredi 13 octobre 1992 à l’issue du quatrième entretien en un mois avec le général Tewfik j’ai obtenu ma radiation. Sur mon insistance, le général Tewfik avait téléphoné en ma présence au directeur des ressources humaines lui intimant l’ordre de me préparer mes papiers et me considérer comme radié sur ma demande des effectifs de l’ANP à compter du 16 octobre 1992. D’ailleurs, lorsque le général Tewfik m’avait fait observer qu’on était le 13 du mois et qu’il n’était pas possible à l’administration de faire si vite, je lui ai répondu « téléphonez à El Hadj, il va s’exécuter quand c’est vous qui donnez l’ordre ». Et c’est ce qui s’était passé. Où avez-vous vu un officier qui quitte l’armée depuis douze ans bénéficier d’une promotion? Même pour me convaincre de poursuivre ma carrière, le général Tewfik a tenté de jouer sur la promotion en me rappelant que je ferai mieux d’attendre ma promotions au grade de commandant qui était proche, je lui ai répondu que même s’il m’offrait une promotion exceptionnelle de colonel je ne resterais pas.

 

Je vous tiens ces propos sachant pertinemment que le général Tewfik lira cet entretien et je l’invite à apporter un démenti s’il y a la moindre exagération de ma part. A certains officiers supérieurs qui lui demandaient comment m’at-il permis de quitter l’armée, il leur a répondu « j’ai tout fait avec lui, mais il est carré. Il est obstiné ». Les officiers qui m’ont rapporté ces propos sont encore en vie. Et puis capitaine ou colonel qu’est ce que ça aurait changé pour moi, puisque je n’ai jamais mis en avant mon grade même lorsque j’étais militaire.

 

Quand je fus promis au grade de capitaine, je n’ai même pas pris la peine de changer ma carte d’identité militaire, j’ai gardé celle de lieutenant. Je ne l’exhibais pas à chaque tournant. Vous pouvez confirmer cette information auprès de la Direction du Personnel et de la Justice Militaire (DPJM) du ministère de la défense s’il m’a été délivré une carte d’identité militaire en tant que capitaine. Je n’étais pas malade du grade. Je suis un enfant du peuple. Alors que j’étais officier dans l’armée et malgré les fonctions que j’ai occupées depuis mon jeune âge (rédacteur en chef de la revue El Djeïch à l’âge de 24 ans), j’ai continué à prendre le bus et le train de banlieue, à aller siroter un café à Bab El Oued avec les enfants du quartier, à aller au stade et je trouvais plus de plaisir à rédiger un compte rendu d’un match de football pour le journal El Hadef que je signe sous un pseudonyme, que d’aller m’acoquiner avec des officiers qui se croyaient au-dessus des autres.

 

5-Vous accusez KHELILI et SIFAOUI d’appartenir au DRS , sur quoi vous vous basez ?

Concernant Khelili, sa dernière sortie médiatique s’apparente à celle de Sifaoui ce qui m’a amené à conclure qu’il faisait une offre de service. Or, de nombreux témoins qui ont lu mon commentaire sur le site Internet que j’anime m’ont écrit pour m’expliquer les raisons de sa colère contre ses anciens compagnons. Et j’ai rectifié en publiant les témoignages qui me sont parvenus. Quant à Sifaoui, je n’ai jamais dit qu’il appartenait au DRS. Bien au contraire, Alors que tout le monde voit en lui un agent des services, et lui même voulait donner de lui cette image, j’ai témoigné que cet individu n’a jamais signé un dossier d’agent (moukhbir) malgré toutes ses tentatives de se faire recruter. En publiant son livre pour dénoncer celui de Souaïdia et en témoignant en faveur de Nezzar il fait des offres de services. Mais comme il appartient à cette catégorie de gens très entreprenants il ne sera jamais pris comme agent. Je vous invite à bien lire l’article que je lui ai consacré sur mon site.

 

6-Quelle est votre relation avec la résistance palestinienne ?

Comme tout algérien la relation avec la cause palestinienne m’a été inculquée depuis le jeune âge. Lorsque dans le cadre de la mission qui m’a été assignée en rejoignant les services de sécurité j’ai eu à gérer le dossier palestinien, c’était pour moi beaucoup plus une action militante qu’un travail d’un officiers de renseignements.

 

Ma relation avec la résistance palestinienne était passionnelle au point où je me considérais parfois plus palestinien que les palestiniens. Il m’est arrivé de m’accrocher avec des palestiniens que je jugeais se servir de cette noble cause. Tout comme je m’étais investi totalement dans la lutte sur le plan du renseignement puisqu’à l’époque nous avions même programmé des actions contre le MOSSAD dans le cadre de la coopération avec les services palestiniens de sécurité.

 

Pour la première fois dans l’histoire des services de renseignements algériens une cellule avait été montée et j’avais veillé sur l’envoi de douze officiers et un sous officiers en formation pour apprendre l’hébreu. De ces actions j’en parlerai dans un de mes prochains livre. Et c’est pour cette raison que je n’en dirai pas plus. Quant à ma relation actuelle avec la résistance palestinienne, je continue à suivre les douloureux évènements que vivent les palestiniens de l’intérieur et je contribue autant que je peux par des dons au profit des populations palestiniennes à travers des associations caritatives.

 

Sinon, je n’ai aucune relation particulière avec la résistance palestinienne pour que vous me posiez cette question. Les problèmes de l’Algérie sont plus graves que ceux de la Palestine. Il en meurt en Algérie chaque jour plus qu’en Palestine ou ailleurs dans le monde. Et ce, dans l’indifférence totale.

 

7-Quelle est votre relation avec le MAOL ?

Je n’ai aucune relation avec ce mouvement pour la simple raison que ce mouvement est dirigé par des gens qui agissent dans l’anonymat. D’autre part, je ne peux adhérer à un mouvement qui regroupe des militaires alors que j’ai quitté l’armée depuis douze ans en toute liberté. Je ne suis pas un déserteur. Je n’ai pas été renvoyé ou dégradé. Bien que je respecte ceux qui ont préféré sacrifier leur carrière que de continuer à obéir à une hiérarchie commandée par un cercle de généraux maffieux.

 

Tout comme je salue ceux qui continuent à résister au sein de cette armée pour donner d’elle l’image d’une armée populaire puisque la majorité de sa composante est issue des milieux défavorisés. C’est à dire des milieux populaires.

 

Cependant, je refuse que le changement tant attendu par notre peuple vienne de l’armée. Notre peuple ne peut s’accommoder d’un putsch militaire qui ne fera que retarder l’avènement de la démocratie. Le changement doit venir de la société civile et des partis politiques qui doivent mettre en échec toutes les manipulations du pouvoir maffieux qui tendent à retarder ce changement.

 

L’exemple vient, aujourd’hui, de ce mouvement de citoyens en Kabylie. Il suffit d’une mobilisation populaire à travers toute l’Algérie, pareille à celle qui se passe en Kabylie et le régime ne tiendra pas plus d’une semaine. A ce moment là, l’armée qu’on sortira des casernes pour tirer sur le peuple retournera ses armes contre ses chefs. C’est le plus beau scénario qui puisse arriver à l’Algérie.

 

8-Quels sont vos projets ?

Un livre qui paraîtra dans le courant du premier trimestre de l’année prochaine et qui apportera des révélations sur la main mise des services de renseignements, instrument du cercle maffieux pour asservir le pays par la manipulation, la délation, l’infiltration, l’intimidation et la répression. Il y aura des révélations hallucinantes. Le deuxième livre est programmé pour la fin de l’année prochaine. *

 

9-Comment vous voyez les prochaines élections ?

Elles seront comme toutes les précédentes. La fraude les marquera une fois de plus. Ce qui est tout à fait logique dans un pays où une dictature maffieuse s’impose en usant de tous les moyens et de toute sa force à un peuple qui la vomit.

 

Toute participation à ces parodies électorales ne fait que légitimer un pouvoir en manque de légitimité. Le peuple algérien ne croit plus en ces élections. Le taux d’abstention aux dernières législatives est édifiant à plus d’un titre. Même ceux qui se rendent aux bureaux de vote, il faut reconnaître qu’ils le font par crainte de représailles. Certains quotidiens se sont bien faits l’écho, dernièrement, des actions d’intimidation contre les citoyens qui n’ont pas voté aux législatives.

 

Pourquoi participer à des élections organisées par un pouvoir qui n’a aucun respect pour le peuple au point où il n’hésite pas à tirer sur de simples manifestants comme des pigeons et à emprisonner tout contestataire sous des chefs d’accusations les plus invraisemblables. A quoi riment des élections qui ne mènent pas à l’alternance? Les décideurs sont toujours là. Ils sont inamovibles depuis plus de douze ans. Personne ne peut leur demander des comptes bien qu’ils ont failli dans tout ce qu’ils prétendent entreprendre. C’est la chaos partout. Il n’y a que Bouteflika et ses généraux qui l’ont parrainé qui pensent le contraire.

 

Propos recueillis par B.A

 

(Texte original de l'interview parue dans le quotidien arabophone Akher Saa le 06 octobre 2002)

* Ce livre n'est pas encore sorti pour la simple raison qu'un des témoins principaux qui tenait à témoigner à visage découvert m'a demandé de temporiser. Je respecte sa volonté. Mais, tôt ou tard, ce livre paraîtra.



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